Un modèle réduit d’avion traverse l'Atlantique

 

Par Yves Lemée le 20/03/2016

 

                           L’année 2003 a vu le 100ème anniversaire du vol des frères Wright. Les média nous ont signalé quelques unes des manifestations qui ont souligné cet événement mais ils ont presque tous totalement oublié de souligner la contribution des modélistes à la célébration de cet anniversaire.

En effet, un modèle réduit d’avion radio-télécommandé a traversé tout seul l’océan Atlantique les 9, 10 et 11 août 2003 !…

L’appareil a décollé de Terre Neuve au Canada le samedi 9 août 2003 vers 17 heures (heure locale) et, après un vol d’une quarantaine d’heures, a atterri en Irlande près de Clifden (70 kilomètres à l’ouest nord-ouest de Galway) le lundi 11 août 2003 vers 14 heures (heure locale). La traversée s’est pratiquement accomplie sur la même route que celle suivie par Alcock et Brown lors de la première traversée de l’Atlantique au début du siècle dernier.

Mais quelles sont donc les caractéristiques d’un avion susceptible de réaliser un exploit aussi extraordinaire ?

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"The Spirit of Butt's Farm"

Le modèle ne fait que deux mètres d’envergure, pèse un tout petit peu moins de cinq kilogrammes et est réalisé en balsa ; il est tout simplement entoilé au film thermo-rétractable. Il est motorisé par un moteur OS.61 de 10 cm3 à quatre temps dont le système d’allumage a été modifié pour accepter une bougie à étincelle. Le bouchon arrière du carter a été percé et une extension du vilebrequin permet d’entraîner un moteur électrique 540 qui, agissant comme générateur, permet de conserver les accus 9 volts de l’appareil dans un état de charge satisfaisant. La quantité d’électronique embarquée est considérable et une alimentation électrique très fiable est absolument essentielle.

 

La vitesse de rotation du moteur est fixée à 6000 tours par minutes, tant pour des raisons d’économie de carburant que pour limiter la tension du générateur à un peu plus de  9 volts. Le carburant utilisé est du « Coleman stove poil » aussi appelé « White gaz » ce qui, pour nous modélistes français, ressemble étrangement à de l’essence à briquet. La consommation de l’appareil sous ces conditions d’opération est de 60 à 70 millilitres à l’heure si bien que le réservoir de quelques trois litres assure une autonomie suffisante à l’exploit considéré. Le réservoir fait partie intégrante du fuselage et se trouve au centre de gravité de l’appareil. Il est réalisé en balsa dont l’intérieur est tapissé de fibre de verre imprégnée de résine époxy.

 

Les gouvernes de l’appareil sont limitées au gouvernail de profondeur et à un seul aileron sur l’aile gauche. La différence principale entre ce modèle et ceux que nous construisons et faisons voler les jours ou il fait beau se situe au niveau de l’électronique embarquée.

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Outre le récepteur habituel, cet avion possède un interface construit et programmé sur mesure qui contient dans sa mémoire une foule de points géographiques correspondants à la route que doit suivre l’appareil. Un petit récepteur GPS fournit la position de l’appareil à chaque interrogation de l’interface qui compare alors la position réelle avec la position désirée. Si ces deux positions ne coïncident pas l’interface émet un signal vers les servo moteurs qui agissent sur les gouvernes pour corriger l’erreur. L’assiette de l’avion est assurée par un des petits gyroscopes que l’on trouve dans la plupart des hélicoptères modèles réduits. 

 

L'avion a décollé de Terre Neuve sur un chariot largable ce qui permettait d'économiser le poids d'un train d'atterrissage. Pendant le décollage et jusqu'à une altitude de 1000 pieds, l'avion était contrôlé par un modéliste muni d'un émetteur standard. Un interrupteur permet alors au pilote de mettre le récepteur en sommeil et de passer le contrôle de l'appareil à l'électronique embarquée. Arrivé à proximité de sa destination, l'avion s'est mis à décrire une trajectoire en forme de champ de course tout en émettant un "bip" sur une fréquence prédéterminée. Le pilote qui attendait l'appareil en Irlande écoutait sur la fréquence en question et, dès qu'il a perçu le bip, il a allumé son émetteur. Dès que le contact visuel a été établi, il a actionné l'interrupteur qui réveillait le récepteur de l'avion et débranchait l’interface. L'atterrissage sur le ventre n'était plus alors qu'une simple formalité.

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Maynard Hill

 

C’est un modéliste américain de grand renom, Monsieur Maynard Hill, qui est à l’origine de cet exploit. Ce Monsieur détient plus de vingt records mondiaux dans la pratique du modélisme. Comme Monsieur Hill est aujourd’hui âgé, aveugle et pratiquement sourd, il est entouré par toute une équipe bénévole multidisciplinaire dont la qualité ne fait aucun doute quand on considère le résultat obtenu. L’étude du projet, le développement et les essais du matériel ont durés cinq ans. Beaucoup de casse : quatre appareils sont en effet partis de Terre Neuve sans jamais arriver en Irlande. Trois avions ont fini dans l’Atlantique en 2002 ainsi qu’un quatrième en 2003. Ce n’est que la cinquième tentative qui a été couronnée de succès.

 

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